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Théoriser le vivant

Cover slide from the talk “Théoriser le vivant”

Le tournant moléculaire a enrichi l’étude empirique du vivant mais ce faisant il a fragilisé ses propres fondements conceptuels. Plutôt que d’importer des cadres venus de la physique ou de l’informatique, ce colloque explore les possibilités d’une nouvelle synthèse théorique en biologie, apte à saisir l’historicité et l’organicité des êtres vivants. Un tel cadre vise à s’articuler à des applications et pratiques déjà existantes et en permettraient de nouvelles.

Goulletquer, Adrien, Sébastien Massart, Maël Montévil, Anton Robert, and Mathilde Tahar. 2026. Théoriser Le Vivant. https://cerisy-colloques.fr/theoriservivant2026/

Colloque de Cerisy: Théoriser le vivant

Du 24 au 30 juillet 2026, au Château de Cerisy-la-Salle, dans la Manche, en Normandie (50210, France)

Organisation: Adrien Goulletquer, Sébastien Massart, Maël Montévil, Anton Robert, Mathilde Tahar

Argument :

Le tournant moléculaire en biologie a fourni un paradigme extrêmement fécond pour l'exploration empirique du vivant. Néanmoins, ses découvertes ont ébranlé — voire sapé — ses propres présupposés. Pour surmonter cette difficulté, de nombreux biologistes et institutions préconisent l'importation de concepts et de méthodes issues d'autres disciplines, centrées sur la mathématisation, comme la physique ou l'informatique.

Ce colloque propose d'emprunter une autre piste : celle qui vise à explorer les conditions et l'horizon d'une nouvelle théorie pour la biologie. Il s'agira d'affronter directement les défis liés à la compréhension de l'historicité et l'organisation des êtres vivants. Cette piste ne s'oppose pas à la mobilisation de méthodes développées dans d'autres disciplines, mais subordonne leurs potentielles utilités à leurs intégrations dans un cadre théorique spécifiquement biologique.

Si l'on cherche à comprendre les êtres vivants de manière non réductionniste, et donc à étudier leurs organisations, comment s'orienter dans leur complexité ? Et si ces organisations sont le produit d'une histoire — une histoire qui se poursuit et les transforme — comment les objectiver ?

Nous pensons que ces interrogations sont cruciales et présentent un défi théorique majeur. Or relever ce défi est une condition pour en relever d'autres, contemporains, comme ceux liés à la santé, la biodiversité, l'écologie, ou encore l'alimentation. Elles rejoignent également la question de l'encadrement théorique nécessaire à l'usage des nouvelles technologies dans la pratique scientifique.

MOTS-CLÉS :

Biodiversité, Biologie théorique, Épistémologie, Évolution, Fonction biologique, Historicité, Mathématiques, Organisation, Philosophie, Systématique, Théorie, Vivant

Inscription

ATTENTION : Les inscriptions à ce colloque, en tant qu'auditeur, ne seront ouvertes qu'à partir du 15 mars 2026. En attendant, nous vous invitons à prendre connaissance des conditions d'inscription à un colloque.

Programme

Format des sessions de trois heures du matin (9h-12h) et de
l'après-midi (14h-17h)

  • Introduction (5min)

  • Première intervenante (30 min de présentation + 10 min de questions)

  • Deuxième intervenante (40 min)

  • Pause (10 min)

  • Troisième intervenante (40 min)

  • Débat (45 min)

Vendredi 24 juillet (jour 0)

  • Arrivée des participants

  • Prise de contact

  • Dîner

  • Ouverture du colloque: présentation du centre culturel de Cerisy, du
    colloque, et des participants

Samedi 25 juillet (jour 1)

Pourquoi théoriser ?

La question du cadre théorique est structurellement négligée en biologie -- malgré la centralité de la théorie de l'évolution. Pourquoi la soulever aujourd'hui et quel type de théorisation devons-nous viser?

  • Paul-Antoine Miquel
    Quel rôle un philosophe peut-il jouer sur des questions de biologie théorique?

  • Barbara Bravi
    Statistical and machine learning modelling in biology: considerations and examples from immunology

  • Armand Hatchuel et Pascal Le Masson
    Les épreuves du travail théorique : l'exemple de la théorie de la
    conception

Limites du tournant génétique et moléculaire

La biologie de la deuxième moitié du XXème siècle, notamment à la suite de la découverte de l'ADN, a centré son travail sur le niveau moléculaire, parfois de manière dogmatique. Si ce dogmatisme est intimement lié à une approche génocentrique du vivant qui tend à s'effacer, quels enjeux porte ce niveau d'analyse aujourd'hui?

  • Arnaud Pocheville
    Biologie Galtonienne de l'évolution

  • Andràs Paldi
    La biologie expérimentale à la lumière de la théorie

  • Anne Goupil
    Modélisation moléculaire du vivant : apports, limites et temporalité des modèles d'IA

Soirée: Discussion collective sur la théorisation

Table ronde initiale : Maël Montévil, Ana Soto, Armand Hatchuel et Pascal Le Masson

Dimanche 26 juillet (jour 2)

L'apport ambivalent de la physique

Face aux limites des approches moléculaires, la biologie se tourne (à nouveau) vers la méthode de construction et d'analyse des objets provenant de la physique, basée sur l'analyse d'invariants et de systèmes. Ces approches permettent d'éclairer d'un nouveau jour de nombreux phénomènes, mais posent aussi des problèmes théoriques, notamment liés aux questions d'historicité et d'organisation
biologique.

  • Cyril Rauch
    Incompatibilités conceptuelles en analyse de données et nécessité de redéfinir la statistique : application à la cartographie génomique

  • Katja Heuer et Roberto Toro
    Rôle de la morphogenèse mécanique dans le développement et l'évolution du cerveau

  • Giuseppe Longo
    De l'émergence en physique à la production de nouveauté en biologie

L'historicité du vivant et le système de référence de la biologie

À l'opposé, d'autres domaines de la biologie s'appuient sur l'historicité des êtres vivants pour établir des méthodes de travail adéquates. Cela est vrai en particulier de la systématique moderne qui s'appuie sur l'idée que les êtres vivants sont le résultat d'une histoire longue pour les classifier et les nommer.

  • Andrea Angelini
    L'historicité des vivants dans l'histoire de l'écologie

  • Guillaume Lecointre
    Quels rôles pour la systématique ?

  • René Zaragueta Bagils
    Quand la forme précède la théorie : le cas de la phylogénétique

Lundi 27 juillet (jour 3)

Le défi des nouveautés biologiques

L'historicité biologique est marquée par l'apparition de nouveautés. Or si l'on considère que ces nouveautés sont possibles avant d'advenir, ce ne sont plus vraiment des nouveautés. En biologie, si ce qui est possible change au cours du temps, nous faisons face à un défi méthodologique majeur.

  • Angelo Marinucci
    L'historicité des organismes : les concepts d'enablement et d'épaisseur

  • Andrea Roli
    Évolution de l'espace des possibles et création d'information

  • Mathilde Tahar
    Imprévisibilité de l'évolution, normativité des contraintes et inventivité des organismes

Après-midi: Sortie fromage de chèvre

Guidée par Nathalie Desmasures, à l'élevage de Lavalière,
Saint-Malo-de-la-Lande.

Mardi 28 juillet (jour 4)

Objectiver l'organisation biologique

Étudier les parties des être vivants isolément ne permet pas d'aborder leurs fonctions dans l'organisation dont elles font partie. De quelles bases théoriques a-t-on besoin pour expliquer la stabilité collective des parties d'un organisme?

  • Charles Wolfe
    Organicisme et vitalisme : histoire et actualité d'un couple

  • Matteo Mossio
    Finalité, Causalité, Conservation

  • Adrien Goulletquer
    Aux limites de l'organisation : clôture de contraintes et plasticité fonctionnelle

Vers une épistémologie hybride

Comment faire tenir ensemble l'historicité des être vivants et l'étude de leurs relations causales synchroniques? Et si l'on se donne ce projet, quel type de logique suivent les objets de la biologie et à quel type de théorie sommes-nous conduits pour la biologie?

  • Shaj Mohan
    One Life

  • Maël Montévil
    Le défi d'une épistémologie hybride pour la théorisation en biologie

  • Anton Robert
    L'origine supplémentaire du vivant et ses conséquences pour la modélisation en biologie

Soirée: Théâtre

Eaudyssée avec Pierre-Henri Gouyon

Mercredi 29 juillet (jour 5)

Tissus et écosystèmes : la théorie en pratique

Les tissus comme les écosystèmes comportent un grand nombre d'entités organisées, cellules et organismes respectivement. En même temps, ils sont eux-mêmes organisés, ou du moins peuvent l'être dans le cas des écosystèmes. Comment ces deux niveaux sont-ils théorisés et étudiés en pratique ?

  • Claudia Gadaleta
    Champs morphogénétiques : implications en morphogenèse et en oncogenèse

  • Ana Soto
    Sur les organismes et leurs parties : détermination théorique de l'objet d'étude

  • Océane Guillot
    Intérêts des approches organisationnelles pour l'écologie

Vie et technique

Comment aborder les actions humaines dès lors que l'on pense les objets avec lesquels on agit comme ayant en même temps une histoire et des propriétés systémiques? La question technique peut-elle contribuer à la compréhension et à l'élaboration théorique, et réciproquement la théorie biologique peut-elle transformer notre point de vue sur les techniques?

  • Céline Delbes
    Entre préservation de la biodiversité microbienne comme ressource pour l'expression des terroirs et exigences sanitaires: le cas des fromages au lait cru

  • Sébastien Massart
    Le virtuel: technique du vivant, technique vivante

  • Mathieu Triclot et Charles Lenay
    Possibles techniques - Possibles biologiques

Jeudi 30 juillet (jour 6)

Matin

Bilan, synthèse, et déjeuner

Après-midi

Fin du colloque et départs

Résumés & bio-bibliographies des organisateurs

Adrien GOULLETQUER
Adrien Goulletquer est enseignant et doctorant en philosophie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'UQAM (Montréal). Ses recherches portent principalement sur la singularité du vivant, la critique des approches mécanistes en biologie et l'exploration de cadres théoriques non réductionnistes pour penser les organismes. Dans sa thèse, il propose une reconceptualisation de la notion d'information dans une perspective organiciste. Ses domaines de recherches sont la philosophie contemporaine, la philosophie des sciences et des techniques. Avant son doctorat, il a travaillé plusieurs années dans l'enseignement secondaire où il a enseigné la philosophie au lycée. Il est membre de l'Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques (IHPST), et enseigne actuellement la philosophie à l'université Paris 1, où il intervient notamment en histoire de la philosophie et philosophie des sciences.
Publication

  • Le concept d'autonomie dans les sciences du vivant_, CNRS Éditions, à paraître.

Sébastien MASSART
Sébastien Massart est directeur de la stratégie de Dassault Systèmes, entreprise scientifique qui crée des mondes virtuels au service de la vie réelle — pour les industries, dans la santé et sur les territoires. Il a commencé sa carrière au Ministère de l'Économie et à l'Autorité des Marchés Financiers, puis il a servi comme conseiller technique industriel du Ministre de la Défense et ensuite comme conseiller industriel du Président de la République, jusqu'en 2017. De formation scientifique (École Polytechnique, Corps des mines), Sébastien Massart est également diplômé en philosophie de l'École Normale Supérieure. Il enseigne à SciencesPo Paris sur "L'État actionnaire et les entreprises publiques".
Publications

  • "Chorégraphier l'industrie avec les univers", Les Entretiens du Nouveau Monde Industriel 2024 (à paraître), par The Human Evidence Lab, avec Noémie Dié et Patrick Johnson.
  • "Par-delà calcul et design : habiter le virtuel", in Prendre soin de l'informatique et des générations, Les Entretiens du Nouveau Monde Industriel, 2020, éd. Anne Alombert, Victor Chaix, Maël Montévil, Vincent Puig, FYP éditions, 2021.
  • "Nouveaux possibles, nouvelle économie, nouvelles responsabilités", revue Sociétal, juillet 2021.

Maël MONTÉVIL
Maël Montévil est chargé de recherche au CNRS, au Centre Cavaillès de la République des savoirs (École normale supérieure). Théoricien de la biologie et philosophe, il développe une démarche au croisement de la biologie expérimentale, des mathématiques, de l'épistémologie et de la philosophie. Dans ses travaux, il a notamment élaboré le cadre de la clôture entre contraintes, ainsi que renouvelé la conceptualisation de l'historicité biologique et de ses conséquences théoriques et pratiques pour la biologie. Il s'intéresse également à des problématiques majeures du monde contemporain, telles que les perturbateurs endocriniens, et plus généralement les diverses formes de disruption du vivant dans l'Anthropocène, ainsi qu'aux conditions nécessaires pour y répondre. Son œuvre scientifique comprend plus de trente-cinq articles publiés dans des revues internationales et une monographie, Perspectives on Organisms, coécrite avec Giuseppe Longo (https://montevil.org/).
Publications

  • Disruption of Biological Processes in the Anthropocene : The Case of Phenological Mismatch_, Acta Biotheoretica, 2025.
  • Computational Empiricism : The Reigning Épistémè of the Sciences_, Philosophy World Democracy, 2021.
  • Avec M. Mossio, "The Identity of Organisms in Scientific Practice : Integrating Historical and Relational Conceptions", Frontiers in Physiology (11), p.611, 2021.
  • "Measurement in Biology Is Methodized by Theory", Biology & Philosophy (34), p.35, 2019.
  • Avec M. Mossio, "Biological Organisation as Closure of Constraints", Journal of Theoretical Biology (372), p.179–91, 2015.

Anton ROBERT
Anton Robert est docteur en chimie physique depuis 2022. Il est auteur de plusieurs brevets et de publications dans des revues scientifiques, telles que Science Advances, Journal of the American Chemical Society, ou Physical Review Letters. Il poursuit actuellement une thèse à l'École Normale Supérieure, à l'interface entre la biologie théorique et la philosophie. Ses recherches portent sur la tension épistémologique entre l'historicité principielle des organismes et l'usage de l'écriture mathématique pour décrire leurs parties. Son objectif est de développer des pratiques de modélisation pour la biologie qui hybrident des méthodes physicalistes et historiques.
Publications

  • Robert, A. ; Barkoutsos, P. K. ; Woerner, S. ; Tavernelli, I. (2021), "Resource-Efficient Quantum Algorithm for Protein Folding", npj Quantum Information, 7 (1), 1–5.
  • Robert, A.; Berthoumieux, H. ; Bocquet, M.-L. (2023), "Coupled Interactions at the Ionic Graphene-Water Interface", Phys. Rev. Lett., 130 (7), 076201.
  • Robert, A. (2023), "L'arrêt de l'histoire des sciences", Philosophy World Democracy.
  • Robert, A. (2025), "Mathematical Descriptions as Pharmaka : On Their Adoption in Foreign Theoretical Frameworks", (to appear in) History, Philosophy and Theory of the Life Sciences.
  • Robert, A. ; Montévil, M. (2025), "Broadening the Scope of Physics by Unpacking the Causal Contexts of Phenomena" (submitted).

Mathilde TAHAR
Formée à la fois à la philosophie et à la biologie, Mathilde Tahar est agrégée de philosophie et docteure en philosophie de la biologie. Ses recherches doctorales ont porté sur l'usage de la téléologie (ou finalisme) dans la théorie de l'évolution, usage qu'elle a analysé et critiqué à partir de la philosophie d'Henri Bergson. Cette thèse a donné lieu à la publication d'un ouvrage aux Presses universitaires de France : Du finalisme en biologie. Bergson et la théorie de l'évolution (2024). Elle est aujourd'hui chercheuse au département d'anthropologie évolutive de l'University College London dans le cadre du projet "Animal inventiveness : a new insight on agency in evolution", financé par la Leverhulme Trust. Elle y étudie le jeu et l'inventivité des animaux, notamment chez les babouins chacma.
Publications

  • Tahar, M. (2025), "Why the cat wags her tail", Aeon.
  • Tahar, M. (2024), "La philosophie animale de Bergson. Conscience du vivant, créativité instinctive et biologie contemporaine", Thaumazein Rivista di Filosofia, 12 (1), 83-107.
  • Tahar, M. (2024), " Historicity, Temporalities, and Causality : A Confusion at the Heart of Debates on Darwinism", in R. G. Delisle, M. Esposito et D. Ceccarelli (éds.), Unity and Disunity in Evolutionary Biology, pp. 551-573, Heidelberg/New York/Dordrecht, Springer, 2024.
  • Tahar M. (2023), "Agency, inventiveness, and animal play. Novel insights into the active role of organisms in evolution", Numéro spécial "Levels of Biological Agency", Spontaneous Generations, 11 (1).
  • Tahar, M. (2022), "Biological constraints as norms in evolution", Numéro spécial “Normativity and the Life Sciences”, History and Philosophy of the Life Sciences, 44 (1) : 9.